Naim et Focal, marques phares de la haute-fidélité de
haut de gamme, annoncent aujourd'hui leur fusion, donnant ainsi naissance à un nouveau leader européen du secteur audio.
Cette entité gérera la puissante dynamique qui ne
manquera pas de se développer entre Naim et Focal, qui resteront cependant des
marques totalement indépendantes avec leur philosophie propre, et leurs gammes
de produits respectives.
Nous profitons de cette brûlante actualité pour vous
dévoiler une interview exclusive de Paul Stephenson, président de Naim Audio
qui dessine le futur de la marque!
Naim est une compagnie plutôt « audiophile ». Pourtant, depuis quelques mois, vous avez donné naissance à une nouvelle génération de produits, véritablement dans l’air du temps, n’est ce pas ?
Il y a quelques années, quand Internet a pris une telle ampleur, nous avons
commencé à observer attentivement la manière dont les gens « consommaient » la
musique, à voir la place croissante du téléchargement. Et nous avons également
remarqué que certains spécialistes de l’audio étaient en rupture avec leurs
clients, parce que ces derniers allaient acheter des produits issus du monde de
l’informatique, des produits dont la filiation était liée à l’ordinateur et à
son industrie. Mais ce monde de l’informatique n’a malheureusement aucune idée
de la manière dont on reproduit « un bon son ». C’est pourquoi nous avons pris
la décision de concevoir ces nouveaux produits nous-mêmes. Nous nous sommes
donnés les moyens de les développer. Et voilà pourquoi aujourd’hui, vous pouvez
voir au sein de la gamme Naim une ligne complète de produits qui savent gérer
et reproduire la musique numérique d’origine dématérialisée. Nous avons
commencé avec le HDX, un lecteur qui « rippait » le contenu des CD pour le
stocker sur un disque dur. Aujourd’hui nous avons un serveur, le NDX, que l’on
peut améliorer, comme un lecteur de CD, avec un convertisseur, tel le DAC.
Enfin, des produits « tout-en-un » beaucoup plus abordables comme l’UnitiQute
ou l’Uniti ont fait leur apparition.
Mine de rien, au sein de la gamme Naim, nous parlons de pas moins de 8
produits. Peu de constructeurs « spécialistes » ont une telle offre en plus de
leurs références plus traditionnelles.
Pensez-vous qu’il s’agisse d’un mouvement irréversible ?
Evidemment, car il va dans le sens de la technologie. L’essentiel c’est de
comprendre ce qui se passe et d’y apporter une réponse adaptée et utile. Il
faut être pragmatique. L’industrie audio sait conserver ses classiques (CD et
vinyles) mais évolue aussi dans la direction que lui indique le futur. Et
d’ailleurs, tous ses acteurs ont un rôle à y jouer. Ils devraient en prendre
conscience. C’est une formidable opportunité de faire avancer les choses dans
ce milieu. D’autant plus que sous l’impulsion d’Internet, des téléphones
portables, et, des baladeurs, la musique devient beaucoup plus accessible, ce
qui a provoqué une augmentation de la consommation. Le nombre de baladeurs
numériques vendus est sans commune mesure avec celui de chaînes hi-fi. Mais
tous ces consommateurs sont des clients potentiels de matériel audio.
J’ai cru comprendre que vous aviez mis en place une traçabilité de vos produits, pour avoir un « feed back » des consommateurs ?
Nous mettons dans chaque carton d’emballage Naim un questionnaire où nous demandons
comment les clients ont connu Naim. En première position viennent les
revendeurs, puis les amis, puis la presse. Si l’on prend le cas de l’Uniti, par
exemple, on s’aperçoit que pour 70 % de ceux qui l’ont acheté, il s’agit de
leur premier Naim. Pour nous c’est une toute nouvelle clientèle. Et elle nous a
connus par la presse, forcément,
puisqu’elle ne fréquentait pas les revendeurs. La presse peut donc faire la
différence si elle le souhaite. D’autant que la plupart des marques travaille
sur des produits « réseau » ! Et ce qui fera vraiment la différence entre
elles, c’est la qualité de son. Parce que sur le papier, tout le monde aura les
mêmes éléments de départ pour développer les machines !
Sur le nouveau HDX et
sur l’UnitiServe, vous proposez une version SSD, pourquoi ?
Sur ces versions, il n’y a plus de stockage. Pour ce faire, l’utilisateur doit
installer un disque dur supplémentaire. L’étage SSD fonctionne comme une
mémoire tampon. Par conséquent la qualité de son est bien meilleure. Nous
pouvons nous affranchir du niveau de bruit du disque dur, et concevoir une
alimentation encore plus sophistiquée.
Et une unité de stockage 100% SSD serait-elle une solution idéale ?
On peut bien sûr l’envisager. Mais il faut tout de même prendre son temps
pour développer pertinemment les produits, car la technologie évolue très vite,
et nous devons malgré tout assurer la pérennité aux clients. Il est donc
nécessaire d’être au fait des concepts qui perdureront et de ceux qui ne feront
que passer. Sur le papier le SSD apporte des avantages remarquables, par
rapport aux disques durs qui sont assez « bruyants ». Mais c’est une solution
bien plus coûteuse. En tout cas en l’état actuel de la technologie.
Pensez-vous que nous sommes à la croisée des chemins ?
C’est une période très excitante, parce que nous abordons de nouveaux
concepts ! Et fabriquer des appareils conformes à nos critères d’écoute
n’est pas forcément facile. Nous avons mis 6 mois pour concevoir le DAC et deux
ans pour qu’il sonne selon nos exigences. Le fait de comprendre comment l’on
pouvait alléger le travail du processeur en réduisant le nombre de lignes de
codes, a provoqué une énorme différence sur la qualité du son. C’est une nouvelle
discipline à apprendre. Mais cela nous fait progresser sur la conception de nos
lecteurs de CD aussi.
Pensez-vous que le meilleur son est reproduit par le lecteur CD ?
Nous n’avons pas encore réussi à faire mieux que le lecteur 555. Et nous
l’avons comparé avec le HDX SSD + DAC + 555 PS. Nous sommes très proches, c’est
sûr, et beaucoup de nos amis ne parviennent pas à faire la différence. Mais
quand on connaît ces produits parfaitement, on peut apprécier la différence en
faveur du 555.De toute façon la progression qualitative sur les formats
dématérialisés est assez soutenue. Et l’on peut résoudre certains problèmes
d’une autre manière. Par exemple le NDX n’est finalement rien d’autre qu’un
support UPnP, un processeur avec un convertisseur, dont on peut déconnecter la
plupart des alimentations. Du coup on parvient à un environnement extrêmement
calme et l’on parvient à un son très analogique, vraiment réussi. Vous savez,
une chaîne hi-fi ce sera toujours l’association d’une source, d’un ampli et
d’enceintes. En ce moment ce sont les sources qui évoluent. Il faut juste le
comprendre et s’adapter…
A ce propos, vous venez de lancer une nouvelle paire d’enceintes, les Ovator 400 ?
Oui, il s’agit d’une déclinaison des Ovator 600 que nous avons introduites
en 2009. Elles sont quasiment identiques en tout point, excepté le fait
qu’elles sont plus compactes, et donc moins onéreuses. Elles sont ainsi
capables d’être exploitées dans des environnements moins spacieux que ce que
requiert une 600.
600, puis 400, envisagez-vous une gamme ?
C’est notre intention. Nous travaillons actuellement sur d’autres Ovator. Vous
savez, Naim a toujours conçu et fabriqué des enceintes. Et même si nous vendons
davantage d’électroniques, nous sommes un constructeur généraliste qui tenons à
maîtriser tout le système de reproduction sonore. Et si on a pu dire que nos
produits étaient anticonformistes, cela s’applique aussi à nos enceintes. De
toute façon, nous avons une manière personnelle de considérer l’audio.
Bref vous avez encore beaucoup d’idées ?
Oui, bien sûr. Notre département R&D s’est beaucoup étoffé et cela
continue, avec de jeunes ingénieurs brillants, dont certains n’ont même pas
connu le vinyle (rires). Tout cela nous pousse en avant. Il y a tellement à
faire. Nous sommes toujours occupés. Même à améliorer les produits existants.
D’ailleurs vous l’avez fait récemment avec le lecteur CDX2 ?
Oui, c’était une très bonne machine dans sa catégorie. Mais avec le
développement du DAC, nous avons appris tant de choses, qu’inévitablement, il
fallait les répercuter. Nous avons donc complètement redessiné le circuit du
CDX2, ce qui nous a permis d’y inclure une sortie numérique S/PDIF sans
occasionner la moindre dégradation du signal. Jusque-là nous nous y refusions,
parce que les conséquences de la sortie numérique étaient néfastes.
Aujourd’hui, le CDX2 est meilleur, et peut aussi être « upgradé » avec le DAC.
Naim semble toujours très attaché au CD ?
Bien sûr, nous continuons à faire des recherches en la matière. Naim est
attaché au CD, mais les clients également. Les statistiques que nous avons
effectuées au lancement de l’Uniti nous ont appris que 60 % des consommateurs
utilisaient le CD, 25 % la radio FM, et,
20 % les fichiers téléchargés. Le CD est donc toujours très fort.
Propos recueillis par Laurent Thorin